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vendredi 29 octobre 2004

Vaudou

Aujourd'hui, je vais entamer une nouvelle rubrique, mes lectures. Alors en ce moment, je bouquine ce que vous voyez au-dessus. C'est le catalogue de l'exposition organisée l'an passé par l'Abbaye de Daoulas et probablement ce qui s'est écrit de plus intelligent et intéressant sur la religion vaudou.

L'expo, déjà, était une merveille, avec des objets rares et beaux. Mais ce catalogue est passionnant.

Le vaudou est né en Afrique occidentale, dans le royaume du Dahomey. Il gagna le nouveau monde avec les esclaves. A Haïti, il devint une religion originale qui intégrait des rites d'autres ethnies, et d'autres tout à fait créoles. Elle devint le ferment de la révolte des esclaves et le ciment de leur identité.

Bien sûr, les propriétaires terriens en firent des descriptions d'épouvante de possession diabolique, de sacrifices humains, de rites sanguinaires, etc. Au moment, de la révolution haïtienne, la violence n'avait guère de camp. Mais c'est cette légende noire, amplifié par les Américains quand ils occupèrent l'île au début du XXe siècle, que nous connaissons aujourd'hui.

Et nous sommes bien loin de la réalité à laquelle les ethnologues ont rendu justice. Mais le vaudou n'est pas pour autant un folklore. C'est une religion, une conception du monde et du divin extrêmement complexe, cohérente où l'art à une place si importante.

« La manière proprement unique qu'eut un peuple placé dans une situation d'extrême souffrance, de s'inventer, en frictionnant de part en part le réel pour le rendre habitable. »

Pour aller au-delà d'une simple lamentation sur le sort de nos frères les hommes et pour essayer de comprendre, au-delà des clichés, des raccourcis et du mépris.

Parce que cette misère a tout de même créé des écrivains remarquables, des musiciens internationalement connus et des peintres et sculpteurs de tout premier ordre.

samedi 11 octobre 2003

Mes déjeuners avec Jim Harrison

Chaque midi en ce moment Je vais déjeuner avec Jim Harrison.
Nous nous donnons rendez-vous au square, près du journal, et on taille une petite bavette sur tout et sur rien. Enfin, vous pensez bien que devant un tel bonhomme, je reste plutôt coise et que je me contente d'écouter. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir mes petites réflexions à moi...

Aujourd'hui, nous avons parlé d'alcool, de strip tease et de chasse. Il adore le vin, vous saviez cela ? Le vin français s'entend. Il m'avoua en riant que ses achats de vins en France (surtout du cote-du-rhone, gigondas entre autres) lui garantissent que dans quelques années il ne s'arrêtera pas à la sortie du bureau, avant de rentrer chez lui, pour boire « ce cabernet californien sirupeux que quelques crétins aiment tant ». « Les vins californiens ne sont pas, si j'ose dire, ma tasse de thé. Est-ce parce que la Californie est devenue un Etat où l'on ne peut plus fumer une cigarette en paix tout en savourant un bon vin. Sans doute. »

Cétait bien la première fois que j'entendais quelqu'un se permettre de critiquer le vin californien. Il est de bon ton d'en dire le plus grand bien.

Il me racontait comment il en était venu à l'alcool, et comment aussi, pour garder sa plume, il avait renoncé à ces cuites mémorables qui laissent un mal de crane tout aussi mémorable. La perte de contrôle le terrifie. Mais ajouta-t-il, « il faut toujours séparer le problème de la vertue et celui de la perte de cotrôle. Comme toujours, il y a beaucoup trop de mensonges en circulation. dans certains pays. En France par exemple, les gens boivent davantage d'alcool, mais ont moins de problèmes. C'est en partie dû à la prédominance du vin, qui joue moins le rôle d'un pistolet hypodermique sur le comportement, mais aussi parce que la consommation de vin n'est pas associée à la vertu ou à son absence. C'est un problème pratique. » Oh que j'aimerais que nous restions nous-même. Mais à force d'entendre dire que le vin est une drogue comme les autres, je crains que nous finissions comme les puritains coincés de son pays.

Après, il m'a raconté les boites à strip tease qu'il avait fréquentérs et le bien qu'il en pensait. J'avoue n'y rien connaitre aussi l'ai-je laissé parler. Il s'est moqué en passant de la pudibonderie qui règne dans son pays. Ainsi m'a-t-il dit : « Les autorités se sentent souvent menacées par des menaces imaginaires [...] En tant qu'Américain ayant droit à la liberté, je pense obstinément qu'une femme nue ne mets pas en danger les droits civiques des citoyens, et même qu'elle les encouragerit plutôt; » Je n'ai pas voulu épiloguer. Alors il m'a clouée en ajoutant « Tant Orwel qu'Huxley (dont il juge les mondes beaucoup plus proches de nous qu'on ne le croit) découvrirait avec amusement le “safe sex” représenté sur les sites porno des ordinateurs. Sans parler de la prédominance du comportement politiquement correct. Et peu à peu, l'idée même d'un boulot qui n'était jadis guère qu'un simple gagne-pain, s'est identifié à la vie. »

Alors là, je ne peux que souscrire, moi qui depuis toujours soutiens, paraphrasant Molière qu'« il faut travailler pour vivre et non pas vivre pour travailler. »

Et Jim d'hocher la tête en ajoutant : « L'époque du temps discrétionnaire consacré à la gnôle et la drague s'éloigne rapidement dans le passé. » Pauvre Jim, pauvre de nous. C'est vrai que les années qui s'en viennent semblent moins flamboyantes que celles que nous avons connues...
Nous étions là, tous les deux sur ce banc, lui à causer, moi à manger mon déjeuner tout en l'écoutant...


Quand nous eumes finis, nous nous serrames la main en nous disant au revoir, à lundi, s'il ne pleut pas...

Jim harrison, En marge, Christian Bourgeois éditeur

lundi 22 septembre 2003

Frotter sa vie

« Il faut bien frotter sa vie contre celle de l’adolescence pour aimer vivre encore un peu. »

Nicolas Rey parlant d'une femme de 40 ans vivant avec un jeune homme de 20.

J'aime bien cette phrase

lundi 8 septembre 2003

Fatou, lionne du Sénégal

Le samedi soir, en général, je comate sur mon canapé devant « Tout le monde en parle ». Ça racourcit drôlement l'émission. Les invités défilent, je n'arrive pas à saisir ce qu'ils disent, je vois vaguement des visages rires, se crisper. un invité parfois sort du lot sans que j'arrive à sortir, moi, de ma léthargie.
Avant hier soir par contre, je me suis forcée à le faire. Après Lio, parlant des femmes battues dont elle a fut, une ancienne barbouze de la CIA, une poupée Barbie plus vraie que nature, l'actrice Sylvie Testud, un visage inconnu, totalement. Une jeune femme noire. Dans ma conscience embrumée, deux ou trois mots s'infiltrent et je finis par réagir. Merde, c'est elle, dont j'ai fini le livre la veille. Je me redresse en poussant un cri. L'homme me regarde surpris et je dis tout haut ce que je viens de vous révéler tout bas. Fatou Diomé a écrit Le Ventre de l'Atlantique, et j'ai passé ma lecture à vouloir en faire partager des extraits, sans le faire parce que vraiment, saisir les textes des autres, c'est long et embêtant.
L'histoire, en gros, est celle Salie, sénégalaise vivant à Strasbourg qui essaie de dissuader son frère Madické de venir en France. Lui n'a qu'une passion, le foot, qu'une idole, Maldini, le joueur italien, qu'un rêve, s'enrichir. Car tous ceux qui rentrent de chez nous mentent et racontent un Eldorado, dont nous savons qu'il n'existe pas.
Elle décrit la réalité à son frère, le racisme à la petite semaine, les contrôles de police, la misère de tous les jours et parfois la mort au bout du chemin. Elle règle des compte la Fatou, avec ses frères d'émigration qui dorent la pilule, avec la France, toujour plus dure pour ceux qui viennent d'ailleurs (surtout si ça se voit sur leur peau), avec le foot aussi. On voit qu'elle a suivi assidûment la coupe d'Europe et la Coupe du Monde. Elle fustige les journalistes français qui, ne pouvant plus encenser une équipe hexagonale défaillante, se sont rabattu sur l'équipe sénégalaise. Faute de grives on peut manger des merles. C'est vrai, je m'en souviens, ça m'avait d'ailleurs vaguement agacée à l'époque : Les Sénef étaient forcément un peu gaulois puisque la plupart jouaient dans notre championnat. D'un coup, on oubliait les injures des supporteurs adverses, les humiliations, etc.

« Il est vrai que les lions de la Téranga jouent en France, écrit fatou Diome, et le Sénégal ne peut-être que reconnaissant à l'égard de tous ceux qui leur ont permis d'affirmer leur talent. Mais est-ce une raison suffisante pour les traiter de Sénégaulois, de Bleu bis, et spolier leur patrie des lauriers acquis sous sa bannière ? A-t-on déjà vu un professeur s'attribuer le diplôme de son élève . [...] En dépit des effort de Schoelcher, le vieux maître achète toujours ses poulains à l'étranger, se contente de les nourrir au foin et s'enorgueillit de leur galop. [...] Aussi je déclare 2002 année internationale de la lutte contre la colonisation sportive et la traite des footeux ! »

Elle raconte aussi son île et ses habitants, qui l'ont rejetée parce que bâtarde, sa grand-mère qui lui a sauvé la vie et l'a élevée, son instituteur, vieux communiste en exil dans cet île dont il n'a pas le droit de sortir, les croyances, les marabouts, sa vie d'exilée entre l'Afrique et la France. Bref, c'est superbe.
Fatou Diome. Le Ventre de l'Atlantique. Ed. Anne Carrière