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mardi 15 février 2005

Tout Monde 3

En ce moment, je suis plutôt dans l'action que dans l'écriture. L'école mobilise tout ce qu'il me reste d'énergie. Nous avons un nouvel obstacle à franchir. L'Académie a annoncé en janvier que notre école ne serait plus en ZEP l'an prochain. Nous l'avions vu venir, cela n'a pas été une surprise. On nous en avait déjà parlé. Ainsi, un inspecteur venu voir la directrice lui avait dit : « Votre école, ce n'est pas une ZEP ! Regardez votre cours de récréation ! » Voilà ! Pour être en ZEP, il faut avoir une majorité d'Arabes et de Noirs. Et que ça se voit. Délits de faciès quand tu nous tiens. Relents dégoûtants et nauséabonds.

Nous pâtissons forcément de la vitrine du quartier : bars branchés, immeubles cossus, prix de l'immobilier s'envolant. Nos pauvres manquent de visibilité : en plus de n'être pas assez colorés, ils ne hantent pas les bistrots à la mode du coin. Mais il suffit d'entrer, l'été, dans le petit square de notre place, celui où les parents aux poussettes dernier-cri ne s'aventurent guère, pour trouver des enfants parlant toutes les langues, des mamans à foulard conversant avec celles têtes nues, des grands frères un peu voyou beaucoup dealers, des gens chiants dans les buissons quand ils ne s'envoient pas carrément en l'air à deux mètres du toboggan des petits (je n'exagère pas, je l'ai vu). C'est pas tout rose, c'est pas tout gris, c'est la vie en technicolor illustrée par un immense mur où est inscrit « je t'aime dans toutes les langues ».

Nous avons demandé à ces messieurs de l'Académie sur quel critère, forcément indiscutable, ils se basaient pour nous asséner leur sentence. La réponse nous a laissé pantois : les indications données par les parents sur les fiches d'inscription en sixième. Pour juger de la composition d'une école primaire, on ne considère que ceux qui entrent en sixième. C'est d'une logique imparable. Nous savons d'expérience qu'une partie des enfants de notre école ne va pas en sixième dans notre quartier. Pourquoi ? C'est compliqué. Il y a ceux qui ne feront jamais de sixième (lorsqu'on a 12 ans et qu'on est au stade du CE2, on a peu de chance d'intégrer un collège). Ceux qui intégreront ces classes, mais pas dans le quartier. Parce qu'ils l'ont quitté. Au bout de cinq ou six ans d'hôtel sociaux, les parents finissent par avoir leurs papiers et déménagent alors pour trouver des logements plus accessibles à leurs moyens, nous n'avons quasiment pas d'HLM. Quand ils partent, la plupart du temps, ils tentent de laisser leurs enfants finir leur scolarité primaire dans la même école. Mais les inscrivent dans les collèges de leur nouveau lieu de vie. Ensuite, sur les fiches, les parents indiquent leur profession, pas leur statut. Ainsi, ils vont rarement écrire chômeur en fin de droit. Même s'ils le sont.

Nous avons mené une contre-enquête basée sur la situation réelle des parents. Il apparaît que 50 % d'entre eux sont sans emploi, ouvriers ou employés. Il y a en face, 40 % de gens très favorisés (commerçant, chefs d'entreprise, cadres supérieurs). La population intermédiaire n'est que de 10 %. Mais on ne voit que les 40 % favorisés. Faut-il condamner les autres à avoir une école au rabais ?

On nous oppose que nous ne pouvons pas nous comparer aux ZEP les plus difficiles de Paris. C'est évident qu'un borgne est moins à plaindre qu'un aveugle, mais on ne va tout de même pas nier son handicap pour autant... On peut tout de même préciser que dans ces quartiers très durs, très difficiles, les gens, au moins, ont un logement. Ce qui n'est pas le cas d'une partie des enfants d'ici. Ce n'est pas redéployer des moyens sur des secteurs déjà constitués en ghetto (et qui ne peuvent que le devenir un peu plus si on ne les laisse à part et si on ne les insère pas dans un ensemble plus vaste) qu'il faut, mais en dégager de nouveaux. Et laisser fonctionner ceux qui réussissent leur travail d'intégration.

A qui profite le crime ? Pour baisser les impôts, il faut baisser les dépenses de l'Etat. Qui profite de la baisse des impôts ? Ceux qui en paient. Qui pâtit des baisses des dépenses de l'Etat ? Les plus pauvres. Nous préparons un curieux avenir à nos enfants : ceux qui auront les moyens, les mettrons dans des écoles privées, dont la plupart sont tenues par des catholiques, curieux retour en arrière. Les autres iront dans des écoles publiques au rabais, surpeuplées et mal famées. Ça me rappelle vaguement quelque chose. Je n'ai pas envie de ce monde-là pour mes enfants. Pas nous, pas ici, pas en France !

Nous pourrions nous tromper, souhaiter garder un système qui ne fonctionne pas. Mais force est de constater que ce n'est pas le cas. L'intégration et la mixité sociale, c'est possible. Et la meilleure preuve que nous pouvons en apporter, c'est le résultat aux évaluations nationales de CE2 et de sixième, elles sont au-dessus de la moyenne nationale. Et le comble, c'est qu'on semble nous le reprocher. Car c'est là le deuxième critère que nous oppose l'Académie : « avec les résultats que vous avez, vous n'êtes pas une vraie ZEP ! » Mais, monsieur l'Inspecteur, si les ZEP ne servaient à rien, et surtout pas à améliorer les résultats scolaires, pourquoi les maintenir, voire les renforcer ?

Voilà le débat qui nous agite au gré des circonvolutions de ces messieurs de l'administration. En décembre, reçus en délégation, on nous disait que rien n'était arrêté. En janvier, nous apprenions la suppression de la ZEP. En février, nous avons manifesté, nous nous sommes rendus en délégation encore et encore. Apparemment, c'était en pure perte. Nous avons rédigé des textes, sommés les élus de nous défendre, organisé des distributions de tracts, des signatures de pétition... Ce soir, se déroulera une scène supplémentaire de cette comédie : l'inspecteur d'Académie, flanqué de deux acolytes, viendra nous rencontrer lors d'un conseil d'établissement convoqué à sa demande. Nous avons hésité. Nous avions l'impression d'avoir dit tout ce que nous pensions des critères, des méthodes, des besoins, de la réalité de nos quartiers. D'avoir produit tous les documents. Nous avions également le sentiment de connaître dans le détail la position de l'Académie. Alors, pourquoi une telle réunion ? Nous en avons conclu que c'était peut-être pour amorcer un vrai dialogue, une vraie concertation. Et au bout du compte, nous donner une bonne nouvelle. L'espoir fait vivre...

mercredi 9 février 2005

Le tout monde 2

Cela donne une ambiance tout à fait particulière à cette école. Quand je suis arrivée, il y a un peu pus de vingt ans dans le quartier, elle était totalement décriée : les plus riches n'y mettaient pas leurs enfants, ils demandaient des dérogations pour les écoles voisines ou inscrivaient leurs petits dans le privé, considérant sans doute que cette école de ZEP ne garantissait pas l'excellence de leur progéniture. N'y allaient que ceux dont les parents ne pouvaient pas faire autrement ou ceux pour qui l'école publique était un combat.

Ceux-là, grâce à une équipe enseignante de choc, ont décidé de relever leurs manches et de démentir la fatalité. Ils se sont battus. Petit à petit, ils ont obtenu des moyens, mis sur pied un projet qui a vu le jour, il y a six ans, de réaménagement du temps scolaire, dans lequel les enfants, outre les heures d'enseignement qui leur sont dues, bénéficient de deux demi-journées d'activités périscolaires gratuites. Une organisation qui permet de façon transversale d'appréhender non seulement le français, les mathématiques mais aussi la connaissance du monde, des autres, la vie citoyenne, le respect de soi, des autres et des adultes et, surtout, le goût d'apprendre. Petit à petit, l'école a redressé la tête, les gens du quartier n'ont plus vu d'obstacle à lui confier leurs enfants. Elle a pu à nouveau refléter la réalité de l'endroit.

Le premier enseignement de cette histoire pourrait être que lorsqu'on se bat, on peut modifier le cours des choses, que rien n'est fatal. Qu'il ne faut pas fuir, mais résister. Mais ce n'est pas si simple. Nous avons bénéficié d'une conjonction extraordinaire de parents, d'enseignants, d'élus.

Le deuxième enseignement, c'est que la mixité sociale à l'école, ça peut fonctionner, ça peut même être un plus pour tous les enfants, pour leur intégration dans la vie sociale future, dans la lutte contre le communautarisme qui pourrit tout. Ce n'est pas forcément synonyme de niveau scolaire au rabais et de problèmes sans fin. Les résultats des enfants aux évaluations nationales sont supérieurs aux moyennes parisiennes et aux moyennes nationales.

Cela évidemment demande des moyens. Des moyens importants. L'école coûte trop cher. Vous l'entendez tous les jours : il y a trop de fonctionnaires, il faut en supprimer un tiers. C'est valable aussi pour l'éducation nationale. Alors l'Académie sabre. Elle supprime des classes bien que le nombre d'enfants soit de plus en plus important, elle coupe des heures dans les collèges et les lycées. Et quand une nouvelle école ouvre, au lieu d'ouvrir un poste, elle se contente de le transférer d'un endroit où elle l'a supprimé. Elle entasse les enfants. « Quand j'étais jeune, nous a dit l'inspecteur d'Académie, nous étions à quarante par classe, et cela ne m'a pas empêché de réussir. » De son temps, on s'essuyait aussi les fesses avec du papier journal. Et alors ? L'an passé, on nous a fait le coup. Fermeture d'une classe alors que nous n'étions pas à la limite de fermeture et que nous prévoyions des effectifs supplémentaires l'année suivante. Mais non, la mairie mentait, les parents d'élève mentaient, les directeurs d'établissement mentaient. L'Académie, elle, était la seule à avoir les vrais chiffres. Nous avons lutté, nous avons gardé notre classe (qui a été fermée ailleurs, dans une école où les parents ne se sont pas mobilisés). Cette année, l'école accueille cinquante enfants de plus... Qui mentait ?

Beaucoup de personnes ont une attitude consumériste vis-à-vis de l'école, en tout cas à Paris. On choisit une bonne maternelle, une bonne primaire, un bon collège et un bon lycée. Et si ceux-ci ont des problèmes, on change nos enfants d'établissement. Difficile de mobiliser autour d'un projet dans ces conditions.

Je me souviens de la fête de l'école de l'an passé. Des parents sont arrivés avec leurs liasses de tickets (dont les prix sont calculés au plus juste pour tenir compte des plus petites bourses), comme s'ils étaient à la Foire du trône payant à leurs mômes ce qu'ils voulaient, mais ne s'occupant de rien et surtout pas de partager avec les gamins qui n'avaient pas les mêmes moyens (cela dit, beaucoup de leurs enfants, eux, partageaient). Bien loin de l'esprit communautaire qui avait toujours présidé à cette fête. Et nous étions une petite dizaine à ramer pour tenir les stands, pour servir la nourriture. De nombreuses demandes de coups de main ont été repoussées de façon à la limite de la politesse. On a même vu un papa qui s'était annexé une table sur laquelle il avait installé son ordinateur portable. Son gamin ? Partager ? Communiquer ? Il payait, que lui voulait-on de plus.

Mais l'école, ce ne devrait jamais être cela, un lieu où l'on paie pour obtenir ce que l'on désire. L'école de la république, ce sont aussi des valeurs, des idées, un état d'esprit. Une certaine idée du partage, de la vie ensemble, de la citoyenneté. Une idée aussi que l'on retrouve dans la vie des blogs, qui fait qu'on a plaisir à se rencontrer et à discuter ensemble. Ces gens tels que je les décris se rendent-ils compte de ce qu'ils sont en train de perdre ? Est-ce là le monde qu'ils veulent pour leurs enfants, un monde où le fric remplacerait tout : les sourires, le plaisir de rendre service, le bonheur de voir un enfant sourire, le partage.

Violente réaction de notre part cette année. Il est hors de question que cette fête continue ainsi. Nous ne serons pas plus longtemps les dindons de cette sinistre farce Nous avons donc instauré l'ère du tout gratuit, du partage et de la solidarité. Prix d'entrée à la fête ? Une boisson et un plat. De préférence fait à la maison. Et nous allons sensibiliser les enfants à la question, afin qu'ils harcèlent leurs parents à ne pas les ridiculiser par un paquet de chips et une bouteille de Coca. Les jeux seront entièrement gratuits, les parents ne pourront plus faire étalage de leur niveau de vie. Tous pourront y participer à égalité.

Seules une tombola et une loterie seront payantes en monnaie sonnantes et trébuchantes, parce qu'il faut bien alimenter la coopérative de l'école. Mais les lots seront fournis par les parents... L'esprit ? Celui des grands repas communautaires où chacun apporte ce qu'il peut ou ce qu'il veut et dans lesquels tout le monde partage. Un peu dans l'esprit du 14 juillet, l'année où avait été fêtée la Méridienne.

C'était ça, ou l'arrêt de la fête. Nous ne voulions pas recommencer l'expérience désastreuse de l'année passée.

A suivre...

lundi 7 février 2005

Le tout-monde

« Ce que l'on appelle mondialisation, qui est l'uniformisation par le bas, la standardisation, le règne des multinationales, l'ultra-libéralisme sur les marchés mondiaux, c'est, pour moi, le revers négatif d'un mouvement prodigieux que j'appelle la mondialité.La mondialité, c'est autant l'aventure extraordinaire qui nous est donnée à tous de vivre aujourd'hui dans un monde qui pour la première fois, réellement et de manière immédiate, foudroyante, sans attendre, se conçoit comme un monde à la fois multiple et unique, que la nécessité pour chacun de changer ses manières de concevoir, de vivre, de réagir dans ce monde - là. » Edouard Glissant

Il y a deux semaines, un petit garçon arrivait à l'école maternelle en était d'hypothermie parce que l'EDF avait, en novembre, coupé l'électricité. Le mois précédent, c'est son grand frère qui est arrivé en classe avec une grave brûlure à la jambe, soignée à l'hôpital, mais due exactement à la même raison : pas d'électricité. La mère avait donc disposé dans leur petit appartement des bougies qui leur permettaient de se déplacer dans le noir.

Cette histoire se passait dans le quartier des Abbesses, à Paris, quartier que d'aucuns considèrent comme un endroit huppé regorgeant de bobos en tout genre.

Je vis dans ce quartier depuis plus de vingt ans. C'est vrai qu'une part de sa population a changé. Nous avions des bourgeois friqués un peu âgés. Ils ont été remplacés par des bourgeois friqués plus jeunes. Plus dans le coup. Cela reste des bourgeois avec de l'argent, mais on rigole plus.

Le quartier est à la mode. En fin d'après-midi, le soir, le week-end débarque une faune qui vient se divertir chez Amélie Poulain. Les marchands de volaille, de bonbons, les bouchers ont été remplacés petit à petit par des traiteurs, des marchands de fringues branchées, de bijoux à la mode. Les prix se sont envolés. Difficile de trouver une baguette de pain à moins de 1 euro. C'est sympa, il y a du monde partout, l'ambiance est agréable, mais je ne fais pas mes courses dans mon quartier. Je vais un peu plus loin. Sur le boulevard, ou rue d'Orsel. Il y a deux magasins ED. Deux. A cinq minutes l'un de l'autre. Et les caissières n'y chôment pas. Les bobos se ravitailleraient-ils chez ED ? Quelques uns, mais assez peu dans le fond. Ils préfèrent aller chez Champion, qui a totalement relooké son magasin et offre des chariots à panier tellement plus tendances que les habituels caddies. Les produits ne sont pas meilleurs, mais les prix beaucoup plus élevés. Alors qui va faire ses courses à ED ? Pour répondre à cette question, il faut dépasser les clichés, aller un petit peu plus loin que la rue Lepic et la rue des Abbesses, s'enfoncer dans les petites rues et les arrières cours.

Il existe par exemple des hôtels sociaux, qui n'ont en fait de sociaux que le nom. Ce sont plutôt des marchands de sommeil propriétaires d'hôtels miteux, qui louent leurs chambres à prix d'or aux services sociaux qui y logent les miséreux qu'ils prennent en charge. Souvent des familles chassées de leur maison ou leur appartement qui menace de leur tomber dessus.Encore plus souvent des familles qui arrivent de Tchétchénie, d'Azerbaïdjan, d'Arménie, du Sri Lanka, de Pologne, etc. demandeurs ou non d'asile. Le temps que leur dossier soit accepté par l'Ofpra, il leur faut déjà attendre un ou deux ans. Le temps que le dossier soit instruit, il en faut encore quatre ou cinq. Ces familles restent donc à trois, quatre, cinq dans une seule petite chambre, enfants et parents, sans avoir de possibilités de se faire à manger, avec les sanitaires dans le couloir.

Et puis, dans le bas de la rue André-Antoine, dans les arrières cours de la rue Véron, dans les impasses de la rue Germain-Pilon, dans ce dédales de rue, il y a ces immeubles qui ne paient pas de mine, qui abritent dans des appartements délabrés ou des squats, des familles nombreuses, en situation irrégulière ou simplement des gens qui travaillent mais qui n'ont pas les moyens de s'offrir un autre logement. Un Paris populaire où il ne fait pas toujours bon vivre mais où l'on sait ce que solidarité veut dire.

Ce Paris-là me rappelle celui de mes grands-pères, nés du côté de Ménilmuche à la fin du 19 et au début du 20e siècles. Quinze ans d'écart entre les deux mais une expérience commune de la difficulté de vivre, des premiers boulots alors qu'ils n'étaient que des enfants, parce qu'il fallait bien que la famille mange, des taudis, du froid... Ils s'en sont sortis. Grâce à l'école ou grâce à l'armée.

Moi qui hésite entre les deux bords, le populaire et le bobo, j'aime ce quartier pour cela, cette mixité sociale, culturelle et raciale, plutôt enrichissante, pour les uns comme pour les autres. Pour peu qu'on en ait envie. Sérieusement, j'aimerais que mes voisins de l'hôtel Houdon obtiennent leurs papiers plus rapidement, que les squatteurs de la rue André Antoine puissent trouver un toit plus agréable, qu'il y ait un peu moins de misère et d'exclusion. Mais, comme nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes, on peut essayer de les aider autrement.

A l'école, c'est pareil. Dans l'école primaire où vont mes deux filles aînées, où ira la troisième, il y a quarante-cinq nationalités ou origines différentes, quarante-cinq pays qui sont représentés dans un bâtiment du 18e : Espagne, Portugal, Italie, Pologne, Albanie, Bulgarie, Ukraine, Tchétchénie, Russie, Yougoslavie, Autriche, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Norvège, voilà pour l'Europe. Mais ça continue : Turquie, Vietnam, Pakistan, Chine, Sri Lanka, Iran, Philippines, Azerbaïdjan, Arménie, Japon, Chypre, Algérie, Maroc, Tunisie, Mali, Congo, Angola, Sénégal, Zaïre, Cameroun, Cap-vert, Guinée, Togo, Etats-Unis, Bolivie, Argentine, Haïti, Vénézuela, Colombie, Australie. La moitié des enfants sont de nationalité étrangère, les deux tiers sont d'origine étrangère... Tout un monde...

À suivre

samedi 5 février 2005

Bilinguisme et délinquance

Tes parents sont étrangers ? Tu es bilingue ? Alors tu es un délinquant en puissance. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le (terrifiant) rapport Bénisti (que je peux envoyer sur simple demande par mail).

 

La mission des députés du groupe d'études parlementaire sur la sécurité intérieure (et ils l'ont accepté) ? je cite ; « Après avoir mis en place plusieurs lois répressives attendues par nos concitoyens (ahem, NDLR), les ministres successifs de l'intérieur du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin ont souhaité compléter ce dispositif par l'élaboration d'un texte préventif à l'insécurité et à la violence (...). » Eh bien au moins, on sait sur quoi sera basée la prochaine campagne électorale...

Or donc, toi jeune, bilingue, d'origine étrangère, tu es un danger pour notre société. Et le rapport le prouve !



- Premières années sans problème
- Difficultés de la langue + comportement indiscipliné
- Accentuation des problèmes + marginalisation scolaire + démission ou non maîtrise des parents + pas d'activités pré ou post scolaires
- Aggravation des problèmes du. + violence à l'école, redoublement des classes+débuts des petits larcins+conflits parentaux accentués et développement de la marginalisation
- Entrée dans la délinquance avec des vols à la tire. Début de la consommation des drogues douces + absences répétées aux cours + toujours aucune activité pré ou post scolaire
- Consommation de drogues dures + cambriolage + vie nocturne et utilisation d'armes blanches
- Entrée dans la grande délinquance+trafic de drogues, vols à main armée

 

D'une simplicité biblique. Je me demande comment personne n'y a pensé avant.

Donc pour t'empêcher de nuire, toi, l'étranger, les parlementaires à l'origine de ce fameux rapport ont un tas de solutions...

Entre 1 et 3 ans, comme tu vis encore avec papa et maman uniquement, il faut obliger ceux-ci à te parler uniquement en français. Interdit de parler « le patois du pays » à la maison. Cela me rappelle le temps où il était interdit de parler breton, ou basque, ou créole...

Il est bien sûr évident que l'apprentissage de la langue ne se fait qu'à partir de 1 an. Avant, papa/maman pourront toujours te parler dans leur sabir, cela n'a aucune importance...

Garance bébé a participé à une étude sur les modes d'apprentissage de la langue par les bébés. Elle avait quatre mois. Cherchez l'erreur.

Je continue l'étude du texte. Des suivis devront être fait en crèches pour détecter et prendre en charge, dès le plus jeune âge, ceux qui montrent des troubles comportementaux... En clair, si vous avez un bambin de 2 ans qui commence à mordre et à taper sur ses petits camarades (chose parfaitement normale à cet âge, ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça les terribles 2), et bien vous avez toutes les chances de vous le faire enlever par les services sociaux, mauvais parents que vous êtes...

Entre 4 et 6 ans, ça se corse. Les enfants sont à la maternelle et « c'est là que les premières difficultés peuvent apparaître. Difficultés dues à la langue si la mère de famille n'a pas suivi les recommandations de la phase J. »

Parce que si maman parle étranger à ses enfants, ceux-ci vont s'isoler dans la classe, moins communiquer avec les autres, se marginaliser.

Je me demande depuis quand nos chers députés n'ont pas été dans une maternelle.

Dans mon quartier, du fait des «hôtels dits sociaux », qui accueillent ce qu'on appelle des primo arrivants (des réfugiés politiques pour la plupart qui ont fuit la Tchétchénie, l'Arménie, etc.), il y a beaucoup de gamins qui sont scolarisés et qui ne parlent pas un mot de français. Il y en a trois ou quatre dans la classe de Léone (âge : 4 ans en moyenne).

Alors d'abord, je ne vois pas comment les mères pourraient leur parler français car en général elles ne connaissent pas notre langue. C'est vrai, elles auront l'obligation de prendre des cours. Mais combien de temps leur faudra-t-il pour leur parler français correctement ? Il est évident que les petits vont arrêter de grandir et d'évoluer pour attendre qu'elles soient prêtes. A moins que nos chers députés s'imaginent que ces femmes parlent bien évidemment français. Comme vous et moi. Personnellement, j'ai demandé à mon mari de parler créole aux filles, parce que je préfère qu'il leur parle un bon créole qu'un mauvais français.

Ensuite, ces gamins ont tellement envie de s'intégrer qu'ils apprennent très rapidement notre langue. Il faut les voir, ces petits, communiquer entre eux. Ils se comprennent très bien. Garance en CP a dans sa classe une petite Bolivienne qui est arrivée en ne parlant pas un mot de français. Elle l'a prise sous son aile. La petite commence à parler assez correctement.

En plus ces enfants savent bien que le sort de leurs parents est entre leurs mains. C'est terrible à dire, mais c'est hélas une réalité. Plus les adultes peuvent prouver que leurs enfants sont intégrés, qu'ils parlent parfaitement bien le français, qu'ils ont des amis, des bons résultats à l'école, plus la famille a quelque chance d'obtenir le droit de rester ici. Les avocats le savent bien qui contactent régulièrement les enseignants et les parents d'élèves pour avoir des attestations. Et les enfants mettent un point d'honneur à s'intégrer.

Et puis, qu'en est-il des enfants dont les parents sont américains, anglais, allemands ? On va les poursuivre également ? Non, le rapport précise page 17 : « Le bilinguisme est un avantage pour l'enfant (ouf on respire, NDLR) sauf lorsqu'il a des difficultés car alors ça devient une complication supplémentaire. Il faut alors faire en sorte que l'enfant assimile le français avant de lui inculquer une autre langue. » Ben voyons. Le bébé va apprendre le français dans une famille qui n'est pas francophone. J'aimerais bien qu'on m'explique comment !

Peut-être les députés pensent-ils particulièrement à ces familles installées depuis plusieurs années en France et où, scandale, on s'obstine à parler « patois » (terme du rapport).

Je pense à l'histoire du Nôm. Dans sa famille, on ne parlait que créole. Quand il est arrivé à l'école, il ne parlait pas un mot de français. Personne ne s'est occupé de lui. Il n'a guère appris le français. Il a quitté l'école en 5e, à l'âge de 16 ans. Et je n'ai pourtant pas épousé un délinquant, encore moins un bandit de grand chemin.

Ce qui est abracadabrantesque, ce sont les moyens préconisés pour remédier à cet état de fait.

Je lis : l'enseignant devra parler aux parents pour qu'au domicile, le français soit la seule langue pratiquée (tout à fait le boulot de l'instit) et si ce n'est pas fait, l'enfant devra être pris en main par un orthophoniste. Question, qui paie ?

Puis si l'enfant « crée des troubles dans la classe » (qu'est-ce qu'un trouble ?), l'enseignant passera le relais à une structure médico-sociale : pédopsychiatre, assistante sociale et pédiatre. Rien que ça. Alors, pourquoi pas. Si cela peut aider certains enfants qui ont véritablement des problèmes (et pas uniquement à cause de la langue) Mais quand on sait que les médecins scolaires, en ce moment, ont en moyenne deux mille enfants sous leur responsabilité. Quand on sait que toutes les structures de réseau d'aide sont mises en pièces, les postes de maîtres spécialisés pour aider l'enfant dans ses apprentissages, ou à faire des progrès en psychomotricité fine) sont soit supprimés soit utilisés pour autre chose, leur formation en voie de disparition... On ne peut que rester dubitatif devant ces propositions. Car qui met en œuvre cette mise à bas de l'école si ce n'est le gouvernement actuel, de la même couleur politique que la majorité de parlementaires qui ont fait cette pseudo enquête.

Bon, le texte continue sur cette lancée. Et l'on arrive à une perle, une autre. Entre 13 et 15 ans, si le jeune reste à problème ou si les faits délictueux n'apparaissent qu'à cet âge : « Le jeune devra quitter le milieu scolaire traditionnel et rentrer dans la filière d'apprentissage d'un métier dès la fin de l'école primaire. »

Là, une question : depuis quand l'apprentissage est-il une punition ? Quand je pense les millions d'euros dépensés, par l'Etat, pour améliorer l'image de l'apprentissage en France, on le met maintenant au niveau d'une maison de correction. Ça me ferait bien rire si je n'avais envie d'en pleurer.

Quelques pages plus loin, « les métiers manuels doivent êtres revalorisés car il s'agit de "l'intelligence au bout des doigts" selon l'expression de M. Marcel Rufo, pédopsychiatre (à la mode, NDLR) à Marseille. Il ne doit plus être un enseignement pour mauvais élève mais au contraire une chance de valorisation de l'adolescent. » Nous ne sommes plus à une cotradiction près.

Un passage me met particulièrement en rogne : « Il faut traiter les difficultés de l'enfant dans sa (sic) globalité et de façon transversale en bâtissant un projet éducatif avec un tuteur référent pour l'enfant un peu comme cela est pratiqué pour les enfants handicapés. » Quand on sait le nombre d'enfants handicapés qui ne sont pas scolarisés parce que personne n'en veut... de qui se moque-t-on ? La fille d'une de mes amies, dysphasique, a été scolarisée en septembre dans une école pour la première fois de sa vie. Elle va avoir 10 ans. Avant, c'était sa mère qui lui faisait l'école, car personne n'en voulait de sa petite. Et mon amie, qui n'est pas enseignante, qui n'est pas chercheuse, qui n'a aucun diplôme universitaire a mis au point une méthode pour que la petite puisse enfin apprendre à lire. Alors on peut taper sur les mères, mais il y a des limites.

Je me demande de quel pays et quelle déviance est celle de ces rapporteurs vu le niveau de leur français. Je passe sur le « ça » qu'on peut dire mais en aucun cas écrire. Mais le texte est bourré de fautes d'orthographe et de faute de français, à tel point qu'on se demande de quoi les auteurs parlent.

Exemples : l'enfant en difficultés

Les enfants en échecs scolaires (c'est bien connu, ces bêtes-là sont nombreuses)

Les cas ou les familles ne peuvent plus faire face à la violence et à l'échec scolaire de son enfant (attention, il y en a plusieurs dans la même phrase)

L'enseignement professionnel est un bon moyen pour lui remettre le pied à l'étrier pour l'enfant.

Afin d'ouvrir des déboucher aux jeunes (débouchons...)

Les maux de l'enfants

Montrer de façon objectif

Etc.

On dirait du moi, mais bon, je ne fais pas un rapport sur l'incidence de l'apprentissage du français sur la délinquance.

Je propose une chose. Ces personnes ont de gros problèmes de français. Nous devrions vérifier que leur mère ne leur adresse la parole qu'en français. Les mettre en apprentissage, les faire examiner par des psychiatres et si aucun progrès n'est fait, les mettre, comme eux-mêmes le préconisent, dans des maisons de redressement.

Tiens je propose qu'on les envoie tous en Guyane, à la «1ère compagnie ». Qu'on rigole un peu...

Repost. kozlika indique que

Un groupe d'enseignants, chercheurs, étudiants de sciences du langage s'émeut de ce rapport et réagit par une lettre-pétition via email par une lettre-pétition via email (...)

Denis Jamet, enseignant à l'université Lyon-III est le premier signataire d'une lettre adressée aux membres de la commission parlementaire auteurs du rapport et au ministre de l'Intérieur et qui sera transmise sous peu à différents organismes de presse. Ils invitent par ailleurs chaque signataire à transmettre un exemplaire de cette lettre au député de sa circonscription et de faire passer cet appel à signature aux personnes de sa connaissance travaillant dans le domaine, et étant à ce titre directement concernées.

jeudi 30 décembre 2004

Aide

Parlons un peu de choses sérieuses et graves et tristes. Et encore, triste est un terme bien fade pour faire face à cette réalité.

Il y a eu une tremblement de terre. Il y a eu un raz de marée. Et il y a des milliers de morts. Alors, si on peut faire un geste pour notre communauté humaine dans la souffrance, alors que nous sommes plutôt dans la bombance, suivons les liens ici donnés et que j'ai pu réunir grâce à autchoz. Je ne peux que reprendre son mort d'ordre : faites un don en ligne.

On ne peut pas faire moins, on ne peut pas, sans bouger, laisser une si grande partie de notre humanité dans le dénuement et l'abandon le plus total. Des familles ont été décimées, des villages rayés de la carte. Les plus pauvres d'entre les plus pauvres ont tout perdu.

Il faut aider les survivants. Notre seul moyen de faire face à la fatalité, de lui dire non, c'est donner. Notre seule façon de montrer que nous sommes vivants, c'est donner.

Adresse pour vos dons

Unicef

Action contre la faim

Médecins sans frontières

Croix Rouge

Secours catholique

Secours populaire

Secours islamique

Care

Fondation de France

Médecins du monde

Handicap international

Toutes les coordonnées si vous êtes toujours sans nouvelles d'amis ou de parents présents là bas au moment de la catastrophe, le site de pompiers sans frontières.

et un blog pour les dernières infos

jeudi 23 décembre 2004

Racontars joue les mères noël

Comme je suis une élue du Comité d'entreprise de là où je bosse (eh bien oui, pas là où je ne bosse pas, ça n'aurait pas de sens), c'est moi qui gère les cadeaux de noël. Traditionnellement, nous n'offrons pas de cadeaux aux enfants des salariés, comme cela se fait habituellement, mais aux salariés eux-mêmes. D'abord, parce qu'il y en a quand même un grand nombre qui n'en ont pas, d'enfants. Ensuite parce que ça suffit cette politique sociale pétainiste des comités d'entreprise.

Bref, depuis (attends, cela fait combien de temps que je suis élue... Sept ans Mazette, c'est pour cela que j'en ai un peu marre quand même. Comment ça le non-renouvellement des mandats ? Mais je voudrais bien, moi, que d'autres soient élus, mais personne ne veut se présenter, tous des dégonflés...) sept ans, je joue les mère noël.

La première année, j'ai offert une caisse de bouteilles de champagne. Evidemment, il y a eu des grincheux pour pleurnicher que les cadeaux pour les enfants, quand même c'était mieux. Quand je vois combien gagnent ces pleurnicheurs par mois, je ne m'en fais absolument pas pour le noël de leurs mômes. Comme si ceux-ci attendaient après le cadeau du Comité d'entreprise de papa ou maman. Ben voyons ! D'autres, ou les mêmes, n'aimaient pas le champagne...

L'année suivante, j'ai opté pour le foie gras et le pinard. J'étais en congé de maternité, donc pas très dispo pour organiser tout ça et chercher des producteurs. Nous avons donc passé commande chez un petit producteur de l'Indre, copain d'un des grincheux de l'année précédentes, élu comme moi. Ce qui a eu le mérite de le faire arrêter de grincher. Ouf, toujours ça de pris.

L'année d'après, j'ai pris le même principe, mais j'ai changé de producteur parce que vraiment, on avait eu des soucis (ils n'étaient pas assez gros producteur pour assurer une qualité suivie et ce n'était pas terrible). J'en ai donc cherché d'autres. Je n'ai pas été très satisfaite. Le confit et le pâté, parfaits, le foie gras, moyen. Par contre, j'avais accompagné le tout d'un cognac 10 ans d'âge issu d'une des meilleures exploitations de la fine champagne (je peux donner les coordonnées à tous ceux qui le demandent) et une bouteille de pineau des Charente issue d'une autre exploitation, située à quelques kilomètres de la première et dont le pineau est le meilleur du coin. C'est que je les gâte mes collègues.

Le bureau des réclamations a cependant noté que le cognac, c'est beaucoup trop fort à boire. Le foie gras pas terrible (c'était vrai), y en a marre du foie gras. Et les cadeaux pour les enfants, c'était bien quand même.

Je précise tout de même qu'il y en avait pour environ 450 francs par cadeau et donc par salarié...

L'année suivante, j'étais de nouveau en congé maternité. cette année là (foie gras et vin), on m'a oubliée, je n'ai pas eu de cadeau... Ils ont été obligés de passer une nouvelle commande juste pour moi ... Pour s'excuser, on m'a offert une caisse de vin au lieu d'une seule bouteille. c'était boien réparé...

L'année suivante, c'était celle du Loft 2. D'aucuns s'en souviennent, sévissait cette saison-là un dénommé Félicien qui ne perdait jamais une occasion de vanter sa région natale des Landes, La Chalosse. Mon journal a envoyé là-bas un duo de reporter de choc, l'un d'eux est revenu avec un petit prospectus : Patrick Camdessoussens, ami du Félicien susnommé, producteur de produit de grande qualité me vantait mon confrère. J'ai donc décidé de commander plutôt chez ce monsieur. J'accompagnais le panier de deux bouteilles de Lalande Pomerol, le cognac et le pineau n'ayant pas fait flores (donner du caviar à des cochons, oui).Dans le même temps, je proposais à ceusses qui n'aimaient pas particulièrement les produits du sud Ouest (ou qui, originaires de cette région, en avaient plus qu'assez du foie gras), un colis provençal contenant des gourmandises variées (olives, tomates confites, galets de la Durance, tapenade, etc.), une bouteille de pastis bleu et une autre d'huile d'olive grand cru.

Pour la première fois, je n'ai pas eu trop de râleries. Sauf certains célibataires endurcis et au régime alimentaire pauvre qui franchement, ne goûtaient guère toutes ces gourmandises : « Bah, ça vous fait un cadeau quand vous arrivez chez les gens », répondais-je alors. Pour le foie gras, je n'eus que des louanges. Il faut dire que les produits de M. Candessoussens sont parmi les meilleurs que j'ai mangés et Dieu sait que j'aime les produits du sud-Ouest. Je donne d'ailleurs ses coordonnées à qui les veut. Il livre dans toute la France. Et il est charmant.

Si certains de mes confrères faisaient la fine bouche, ce n'était pas le cas de tous. Ainsi, ce chroniqueur ultra mondain, qui en plus de sa page hebdomadaire chez nous, fait aussi de la télé et de la radio (et qui gagne très confortablement sa vie, rien que chez nous) réclamait son cadeau à corps et à cri plusieurs semaines avant Noël jusqu'à ce qu'il reparte enfin avec. Ce fut à un tel point cette année-là que nous en étions tous écœurés. « Ma cassette, ma casette », hurlait l'avare de Molière. « Mon cadeau, mon cadeau », hurlait notre chroniqueur.

L'an passé, nous avons suivi exactement le même schéma. Sauf que les sans appétit ont eu droit à des chèques cadeau, bon d'achat à la Fnac. Ainsi que notre chroniqueur qui repartit tout dépité avec sa petite enveloppe en lieu et place de sa cassette de foie gras. C'est peut-être pour cela que nous ne l'avons pas vu cette année. Pourtant, je lui réserve encore un autre chien de ma chienne.

Cette année, j'ai commandé pour la troisième et dernière fois chez M. Candessoussens. J'ai repris du pineau. Par contre, j'ai remplacé le colis provençal par un colis créole. Je n'ai eu que six candidats pour ce panier. Les six qui, me connaissant, savaien que j'allais choisir les produits avec soin et leur en mettre plein la vue. Ils n'ont pas eu tort, et ceux qui les ont vu passer en ont conçu quelque jalousie... Tant pis. Mais avouez qu'il y avait de quoi...

L'an prochain, comme nous allons être absorbé par le CE du groupe, nous retomberons dans les mesures pétainistes. Un chèque cadeau par enfant, sur justificatif bien sûr. Et tant pis pour ceux qui n'en ont pas... Pourtant, c'est grâce aux salaires de tous que le CE obtient des subventions...

lundi 29 novembre 2004

Piqûre de rappel

Le livre Les Femmes s'affichent, chez Syros, retrace les années de luttes des femmes pour un certain nombre de droits fondamentaux, comme la contraception, l'avortement, le travail, le droit à ne pas se faire tabasser pour un oui ou pour un non (on a encore du progrès à faire de ce côté-là-là)... A ne pas entendre non plus un certain président de la République dire : « Une femme ministre !... et pourquoi pas un ministère du tricot. »
Des images illustrent des drames, comme celle-ci qui date de 1978.

Le graphisme est simple, voire simpliste, mais il a le mérite d'être extrêmement explicite et efficace. La maison, l'homme immense, le bras levé, la femme, petite, qui se recroqueville. On n'a même pas besoin de lire le texte pour comprendre la situation.
Un tract diffusé à l'occasion d'assises contre la violence faite aux femmes quelques années plus tard, expliquait :
« Depuis le début de la lutte des femmes, des groupes se préoccupent des femmes battues.Une certaine collectivisation a permis aux femmes de prendre la parole là-dessus. Bien souvent, on considère que les femmes battues, c'est un problème individuel, que ça n'arrive qu'aux autres : « le mari boit. », « C'est un mauvais numéro. », « Elle ne sait pas s'y prendre ». La situation est considérée comme banale et si les femmes commencent à en parler plus facilement, cela veut-il dire que cela va changer ? L'opinion que ce problème reste privé est la plus répandue. C'est bien évident pour nous que le problème n'est pas individuel, et qu'il faut le relier à la place faite aux femmes dans la société : infériorisation dans la famille, dans le monde du travail, appropriation autant aussi (mariage) que collective des femmes par les hommes, banalisation des violences faites aux femmes. et bien souvent, c'est à l'apparition du refus ou de revendications chez une femme du rôle qui lui est assigné que se concrétisent les premières réponses violentes. [...] »
Je suis sûre que tous ceux qui liront ces lignes connaissent, comme moi, une, deux, trois femmes qui se font tabasser par leur conjoint, leur mari, leur concubin. Souvent, on refuse de le voir, de l'admettre. Ce n'est pas possible. Et puis un jour, elle craque, elle arrive chez nous le visage tuméfié, la lèvre en sang et ne peut plus longtemps nous cacher sa honte, sa misère. Et là, le ciel nous tombe sur la tête.
Quand une femme arrive à s'en sortir, il lui faut des années pour se reconstruire.

A contrario, une des affiches de mon post précédent, qui représentent des femmes repoussant le mari avec leur balai pour sortir de leur cuisine me fait hurler de rire. J'ai beau me dire qu'elle devait évoquer des situations réelles et pénibles de cette époque, je n'arrive pas à la prendre au sérieux. Elle est outrancière dans sa typo, sa construction.
Certaines de ces images sont beaucoup plus poétiques et par là, beaucoup plus fortes et efficaces.


Il y en a de rock'n'roll, qu'on pourrait complètement réutiliser de nos jours, comme celle-ci qui date de juin 1979.


Et puis il y celle-ci signée Claire Brétécher, qui date de 1975.


Elle me fait trop rire. En voilà trois qui, à mon humble avis, vont passer un mauvais quart d'heure. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Ce ne sont pas des femmes qui vont faire la peau à trois mecs, mais des nanas qui vont en découdre avec trois institutions bastion du paternalisme et du patriarcat (et qui se sont fortement féminisé depuis, enfin surtout pour deux d'entre elles) : la justice, la médecine et la police. Moi, parfois, face à certaines situations actuelles, j'aimerais bien qu'on retrouve cette verve !

Anniversaire

Le 29 novembre 1974, à un peu plus de 3 heures du matin, la loi dépénalisant l'avortement en France était enfin votée après un marathon à l'Assemblée nationale et des débats houleux. De nombreuses blogeuses (et pas assez de blogeurs) ont rendu un hommage ? tellement mérité ? à Simone Veil, ce qui a suscité, en tout cas chez elle, des débats tout aussi virulents que ceux d'il y a trente ans. Comme quoi, le sujet ne laisse toujours pas indifférent. Et c'est tant mieux, parce que cela touche à la vie.

J'ai quelques amies qui, ne pouvant pas avoir d'enfants, ou ayant d'extrêmes difficultés, sont contre l'avortement, et c'est important de les entendre, de ne pas les rejeter. Parce que l'une d'elles m'a un jour expliqué : « Je suis contre l'avortement, moi qui ne peut pas enfanter. Si je devais rencontrer une femme qui veut avorter, je ferais tout pour qu'elle renonce. L'idée même d'avortement me révulse. Mais je me battrai, s'il le faut, pour que d'autres gardent ce droit. » Je trouve cette position d'un très grand courage et d'une rare intelligence.

Je connais d'autres femmes qui n'utilisent pas de stérilet car elles considèrent que c'est une façon douce d'avorter. Elles préfèrent donc continuer la pilule ou serrer les genoux, suivant la réflexion de mon gynécologue. Le jour où il me l'a sortie celle-la, j'ai modérément apprécié. Je venais d'accoucher de ma troisième fille. Je n'avais nullement l'intention de remettre le couvert comme on dit vulgairement. Mais comme j'allaitais, il refusait de me prescrire la pilule. Je n'avais pas eu mon retour de couche (pour ceux qui ne le savent pas encore, cela veut dire le retour des règles), et pour cause, en cas d'allaitement prolongé le retour de couches peut se faire jusqu'à un an après la naissance, il ne me restait pas beaucoup de solutions... Je pense que mon médecin, que j'apprécie beaucoup par ailleurs, est contre l'allaitement prolongé. Comme de nombreux médecins en France. Mais là dessus, je n'étais pas prête de céder. J'ai donc été voir pendant quelques temps un autre médecin qui m'a prescrit la fameuse pilule. Et à lui, j'ai menti. A 41 ans, j'estimais avoir le droit d'allaiter tranquillement ma dernière fille et de ne pas risquer une nouvelle grossesse dont je ne voulais pas entendre parler. Et surtout pas risquer un avortement. C'est là qu'on se rend compte qu'il ne suffit pas d'avoir 15 ans et d'être une petite écervelée pour vivre dangereusement.

Serrer les genoux, il en avait de bien bonnes. J'ai repensé à nos mères et grands-mères. Que leur restait-il comme solution ? La méthode Ogino ? j'ai quatre sœurs et ma mère dit souvent que nous sommes toutes les cinq des filles de la méthode Ogino... En Espagne, on appelait les hommes qui pratiquaient ce genre de contraception des pères de famille nombreuse... L'abstinence ? Avec ce que cela engendre comme frustrations que ce soit pour les jeunes ou les couples installés, c'est une vraie machine à avorter. Alors ? pondre, des enfants, tous les ans, tous les deux ans et y laisser sa santé, parfois sa vie...

Souvent, quand on parle d'IVG, de cette loi de 1974, on oublie souvent le contexte. Si la femme à acquis le droit de vote en 1945, elle était encore bien souvent considérée comme mineure. C'est l'homme qui touchait les allocations familiales, même s'il avait quitté le domicile conjugal. Ma mère, comme toutes les Françaises, n'avait pas le droit de travailler sans l'accord de son mari. Elle ne pouvait pas non plus avoir de compte en banque personnel. Alors que la loi n'a jamais exigé qu'une femme prenne le nom de son époux, il n'était pas question pour elle d'utiliser son vrai nom de famille, le seul légal, celui de naissance. Les viols étaient systématiquement traités en correctionnelle, quasiment jamais aux Assises.

Il leur a fallu de courage à ces femmes tout de même pour se révolter, pour exiger, pour se débarrasser de ce carcan, de cette maternité obligatoire. Cela a pris des années, des siècles.

Alors, moi, aujourd'hui, j'aimerais bien que l'ont pense à nos aînées qui se sont battues pour que nos ayons un peu de bonheur, des droits et pas que des devoirs.

Bien sûr, l'IVG n'est pas une bonne solution, c'est sans doute la pire. Il vaut mieux avoir une bonne contraception. Mais aucune méthode n'est infaillible, que ce soit faute à notre mode de vie ou simplement à pas de chance. L'accident de contraception est une des raisons principales d'avortement en France. Petite analyse emprunté à Doctissimo.

- 10 % seulement des premiers rapports ont lieu sans contraceptif ;
- Ce n'est pas lors du premier rapport que surviennent le plus de grossesses non désirées mais en moyenne deux ans après ;
- Dans 45 % des IVG, les jeunes filles n'avaient pas de contraception. Dans % des cas d'IVG sous contraception, le préservatif était le moyen contraceptif choisi et pour celles sous pilule (soit 40%), l'accident était lié à un oubli (87 % des cas) ;
- 2,4 % des adolescentes vivant à la campagne ont eu recours à une IVG contre 5,9 % dans les villes et 14,7 % à Paris et région parisienne ;
- Les lycéennes représentent 4,6 % des IVG et les étudiantes 4,7 %. Chez les salariés, 15,6 % et 20,8 % chez les sans-emploi ;
- Les adolescentes vivant avec leurs deux parents sont moins concernées (3,9 %), suivies par celles vivant avec leur père (4,1 %), avec leur mère (9,7 %) ou en famille recomposée (10,3 %).

Il ne s'agit là que des chiffres concernant les plus jeunes d'entre nous. Mais il n'est pas non plus si facile d'obtenir un contraceptif quand on est une femme venant d'accoucher, j'en sais quelque chose. A cela s'ajoutent l'engorgement des centres, les médecins qui traînent les pieds, le temps qui passent. Elles sont encore nombreuses ces femmes qui sont obligées de traverser nos frontières pour aller pratiquer l'IVG aux Pays-Bas ou en Angleterre.

Enfin, sur le site très intéressant de l'Ancic (association nationale des centre d'interruptions de grossesse et de contraception) on peut lire l'analyse suivante.

« Nous ne pensons pas, en outre, qu'il y ait contradiction entre une pratique contraceptive rigoureuse et répandue, qu'attestent toutes les études sur le sujet, et une résistance à une baisse rapide du nombre des avortements, pour au moins deux raisons :
- Dans un contexte social très malthusien, une grossesse refusée n'est pas nécessairement le fruit d'une conception involontaire: elle peut résulter d'une pression de l'entourage à laquelle la femme a finalement cédé.
- Militer en faveur d'une contraception de plus en plus maîtrisée, c'est militer en faveur de la naissance non programmée. Inciter les couple à une maîtrise toujours plus grande de leur reproduction a évidemment pour effet de les déterminer à ne pas accepter les échecs.

Personnellement, je ne connais pas de femmes pour qui avorter fut une partie de plaisir, qui n'en ait pas eu de regret, voire du remord. On ne peut juger personne. Mais quoi qu'il en soit, il faut toujours se souvenir: notre corps nous appartient et nous sommes libres d'en faire ce que bon nous semble. Nous sommes des êtes humains responsables capables de prendre des décisions qui nous concernent. Personne n'a le droit je décider à notre place. Et si on devait revenir sur ce principe fondamental, c'est toute la démocratie qui en prendrait un coup.

Les illustration utilisées pour ce post sont tirées du livre « Les Femmes s'affichent » Chez Syros.








dimanche 17 octobre 2004

A la fortune de Pau

Trois jours de congrès, cela faisait longtemps que cela ne m'étais pas arrivé. Celui-ci avait lieu à Pau, j'avais presque l'impression de partir en vacances. Plutôt amusant. J'ai quitté la maison mercredi après déjeuner. Les trois filles étaient en larmes, maman désertait le foyer... Un peu tristoune qu'elles le prennent aussi tragiquement, j'ai rejoint la gare Montparnasse et les confrères avec qui je voyageais. Toute la direction du SNJ voyageait dans le même train. J'imaginais déjà les gros titres s'il nous était arrivé quelque chose...

Cinq heures de train, quand on est plusieurs et qu'on papote, cela passe rapidement. Nous sommes arrivés à Pau à 19h30. Des confrères nous attendaient, qui nous ont emmenés d'abord au Palais Beaumont, magnifique palais des congrès de la ville où avaient lieu nos réunions de travail pour notre inscription, puis à l'hôtel où nous dormions.

J'ai de la chance, souvent, je l'ai toujours dit. Je suis tombée dans le meilleur hôtel de la ville. Bâtiment ancien, avec beaucoup de cachet, des vieux meubles dans le hall d'entrée, des statues. Et tout le confort moderne. J'ai pris possession de la chambre que j'allais partagée avec une amie. Un vrai plaisir : très grande, un peu cossue de ce charme bourgeois des hôtels de province (même si, je l'avoue, je ne mettrai pas ce genre de tapisserie chez moi), fauteuils confortables, télé, grande salle de bains, et nec plus ultra, grande baignoire.

Je n'ai pas tellement eu le temps de profiter des lieux, il fallait retourner au palais pour dîner et participer au premier débat. J'ai plus apprécié le repas que le débat : jambon de Bayonne, charcuterie béarnaise, salade, c'était léger mais délicieux. Au dessert, mousse de framboise (une tuerie) et figue confite. Les copains se sont esbaudis sur la figue. J'ai moyennement apprécié. Je ne suis pas une fan. Mais un petit coup de jurançon là-dessus, et le bonheur était total.

Il a bien fallu quitter la table et les agapes pour aller travailler. Thème : la nécessaire critique de la presse à travers la guerre d'Irak. Plusieurs intervenants étaient là pour nous disséquer la chose : un sociologue, Jean-Marie Charon, ingénieur au CNRS et enseignant au CFJ, assez intéressant ; un professeur d'université, Jean Ortiz, ancien journaliste, correspondant de l'Huma au Nicaragua, passionné passionnant, de loin l'orateur que j'ai préféré ; un ancien journaliste de La Croix, Alain Hertoghe râlant contre le silence de la presse qui avait accueilli la sortie de son livre. Au lendemain de la déclaration de guerre, il a, pendant trois mois, étudié les principaux quotidiens français, dont La Croix dont il était salarié (et dont il a été licencié après la sortie de son livre). Il dénonçait la presse française dans sa prise de position sur la guerre d'Irak (la dernière). Je me suis vite demandée (et je n'étais pas la seule) où il voulait en venir. Il trouvait la presse française trop antiaméricaine et inféodée à Jacques Chirac parce que, dans son ensemble, elle était contre l'intervention en Irak, il condamnait ce bel unanimisme... Personnellement, il est difficile de dire que je suis pro Chirac, mais pour le coup, j'étais également contre la guerre en Irak...

Hertoghe m'a hélas donné l'impression du type qui a flairé le coup d'édition et se trouve malheureux car aucun journal ne parle de son bouquin. Du coup, il dénonçait l'omerta de ses confrères comme s'il y avait eu volonté de passer à la trappe les infos de son livre. Cette histoire m'a laissée songeuse. Car autant le silence du « Monde » concernant l'enquête de Denis Robert sur Clearstream et la financiarisation de notre société m'avait paru inconcevable autant, ici, je crains qu'il ne s'agisse que d'un bouquin un peu médiocre. C'est en tout cas l'impression que son auteur m'en a donnée lors de ce débat. Ce n'est peut-être pas le cas.

J'ajoute que je ne fais pas ici travaille de journaliste. Je n'ai pas lu ce livre et je ne donne que des impressions dégagées lors d'un débat. Et donc, je me trompe probablement. D'autant que d'autres ne sont pas du tout de mon avis. Dont acte.

Sur la question des journalistes remerciés car faisant leur boulot, il y a une excellente notre d'acrimed qui nous livre un petit aperçu de la chose tout à fait intéressant.

Dans le même genre malheureusement, nous avons eu aussi un journaliste basque qui a réécrit l'histoire de l'attentat du 11 mars à Madrid. Il nous a expliqué que l'ensemble des médias français avaient d'emblée accusé l'ETA de l'attentat (ce qui n'est pas faux), qu'ils avaient succombé aux manipulations du gouvernement Aznar (ce que je demande à voir), et ce jusqu'au samedi veille des élections. Et ça c'est faux. Très vite des doutes ont été émis sur des radios et dans la presse écrite. A la télé, c'est autre chose. Je me souviens d'un spécialiste de l'ETA, qui d'une chaîne à l'autre disais des choses bien différentes. Est-ce qu'il adaptait son discours à la chaîne ou est-ce que le montage de ses propos était différent. Je n'ai jamais pu trancher.

Une femme animait ce débat. Elle m'a été immédiatement antipathique. La pauvre. Je ne la connais même pas. Je ne l'avais jamais vu. Mais j'avais du mal à la regarder tellement elle m'agaçait avec ses chichis, ses manières précieuses, ses airs de grande duchesse... Il s'agit d'une journaliste de la télé qui fait du théâtre... Et qui s'y croit, m'a soufflé, perfide, ma copine N. Ma copine N. m'amuse beaucoup. Quand elle a quelqu'un dans le nez, elle ne loupe jamais une occasion.

Le débat était tout de même intéressant, surtout grâce au prof de fac. Cet ancien communiste, fils d'ouvriers espagnols, n'avait pas sa langue dans sa bouche et brossait, dans un langage imagé et passionné, un tableau des médias locaux, aux services des élus locaux, qui n'était pas triste. Voici un enseignant qui me donnerait envie de retourner à la fac. Il remarquait ainsi que les pages des quotidiens locaux étrangers comptaient nettement plus de pages sur l'international que les nôtres. Dès lors, comment expliquer les délocalisations, si on oublie l'étranger. Et puis comment expliquer un conflit social si on n'est là que le jour ou la grève éclate. Il n'y a aucun suivi de l'actualité locale, la vraie, celle qui intéresse vraiment le lecteur.

Ses propositions pour une presse plus respectueuse de ses lecteurs, plus libre, plus indépendante étaient tout à fait passionnantes. Il croit, dit-il, au journalisme de terrain même si hélas cela n'existe quasiment plus. Comme le journalise d'investigation. Et c'est vrai que la rentabilité a tué la réflexion et l'enquête. On préfère le factuel à la vraie information. Là où il m'a fait rire, c'est quand il a conclu qu'il était tout aussi rebelle qu'à 20 ans « mais moins dogmatique »...

Il y avait aussi un représentant de l'Observatoire français des médias. C'est une association tout à fait importante (en tout cas j'espère qu'elle va le devenir) qui dénonce la concentration des principaux médias, dans les mains de grands groupes qui vivent souvent des commandes de l'Etat (vente d'armes et BTP, excusez du peu !), l'information et l'édition devenues centres de profit (et j'en sais quelque chose dans mon groupe où les titres sont devenus des produits commerciaux) les journaux télévisés, les unes racoleuses (houla, là, je suis en plein dedans)...

L'OFM souhaiterait que le service public le redevienne, que les citoyens s'approprient démocratiquement TF1, vendue en 1987 pour servir un « mieux disant culturel » (si si, vous ne souvenez pas de l'inénarrable sortie de François Léotard, alors ministre de tutelle), que cessent les discriminations contre les médias libres et indépendants (alors là, je veux des noms, il existerait encore une presse libre ?), que les journalistes, créateurs et salariés des médias disposent du droit réel et garanti d'exercer (moi aussi j'aimerais bien, ça nous changerait).

Le débat a pris fin sans que nous nous étripions, ce qui valait mieux pour un début de congrès... Nous avons alors été conviés au Casino. C'est une des particularités de ce Palais des congrès qui voit défiler congrès, réunions publiques, manifestations, spectacles, c'est d'abriter en son sein un Casino avec machines à sous et tables de roulette. On nous a servi un verre. Orange ananas d'après ce que j'ai pu en déduire. Gin aussi m'a-t-on assuré. Je sais que cette boisson n'a aucun goût, mais là, on ne sentait vraiment pas l'alcool...

Un petit spectacle nous attendait. Un journaliste de Sud Ouest m'a-t-on dit, qui, s'ennuyant (c'est lui qui l'a dit), montait des petits spectacles... En fait, nous avons eu droit à un florilège d'histoires idiotes, vulgaires et sans aucun intérêt sur les Basques ou sur les femmes. Exemple : Maïté (celle de la cuisine à la télé) a des mensurations de rêve : 90 - 60 - 90 et pareil pour l'autre jambe... Affligeant !

Tellement affligeant qu'avec mes consoeurs, nous nous sommes éclipsées discrètement. Nous étions fatiguées du voyage. Nous sommes rentrées à l'hôtel. Bain, ordi, dodo. Il était tout de même plus d'une heure du matin. Ça n'a pas traîné.

Bon, si j'y arrive, je raconte les deux autres jours demain... et puis j'ai aussi le cow boy à raconter...

vendredi 27 août 2004

des nouvelles de Fariza

Fariza est une jeune Tchétchène que les parents d'élèves de l'école ou elle étudie (dont moi) ont pris sous leur protection. A Paris avec ses deux frères et sa mère, elle était convoquée à la préfecture le 19 aout pour une reconduite en Autriche, le premier pays d'Europe qu'elle avait traversé, car selon la convention de Dublin II, c'est là que la demande d'asile devait être faite.
Or en Autriche, on ne peut pas dire que cela s'était bien passé. Et il n'y avait aucune raison pour que cela se passe mieux. Alors qu'ici, elle et ses frères s'intégraient, ils ont appris le Français, ils sont scolarisés, on des amis. Fariza est même partie en colonie de vacances cet été. Et elle rentre en CM2 normal dans une semaine.

Nous, les parents d'élèves, on a fait signer une pétition qui a obtenu 750 signatures dont une partie de lecteurs de ce blog (merci merci merci et encore merci)
Donc, on attendait avec impatience et angoisse le 19 aout. On a attendu pour rien. ce jour là, la famille Tchouchaeva s'est présentée à la préfecture, accompagnée de deux parents d'élèves dont un élus Vert de Paris, d'avocat et d'autres personnes qui la soutiennent. Et ils ont trouvé porte close !!! Eh oui, la préfecture était fermée pour cause de commémoration de Libération de Paris. Et personne n'avait bien entendu songé à prévenir les convoqués !

O rage o désespoir, o coup de pieds au cul qui se perdent !

Le 24, je recevais le message suivant de l'élu accompagnateur (et dévoué) « L'avocate de la famille de Fariza m'a informé qu'ils aviaient reçu un autre convcoation pour jeudi matin au Centre de Réception des Etrangers de la rue d'Aubervilliers. Un lieu sinistre coincé au bord du périphérique, loin de tout métro que je connais bien pour y avoir à plusieurs reprises accompagné mon épouse et d'autres sans papiers et pour avoir, avec d'autres Conseillers de Paris, manifesté devant ce centre pour que l'accueil y soint moins inhumain (il y a eu quelques avancées dont la plus symbolique est l'interdiction au policier qui s'occupe de la longue file des étrangers présents n'utilisent plus un grand baton pour les faire entrer dans le centre !). J'accompagnerai Fariza et sa maman. »

Bon, ce n'était pas rose. Mais je me disais que ce n'était plus la Préfcture de police, qu'on ne parlait plus de billet d'avion (que la famille devait fournir, un comble !) Mais rien n'était joué.

Jeudi, c'était aujourd'hui.
et ce soir, dans ma boite à mail, ce message, toujours de l'élu dévoué.
« Ce jeudi matin je me suis rendu avec la maman et le frère de Fariza au centre de réception des étangers de la rue d'Aubervilliers. Elle est repartie avec un autorisation de séjour pour elle et ses enfants mineurs valable jusqu'au 3 décembre prochain. Cette autorisation sera reconduite jusqu'à ce que l'OFPRA se pronnonce sur la demande d'asile. Cela signifie qu'il n'y a plus de risque que Fariza et sa famille soient renvoyées en Autriche pour que la demande d'asile soit examinée dans ce pays. C'est une première victoire; Il reste maintenant à obtenir que l'OFPRA leur accorde l'asile politique en France.

Bonne fin d'été

S G

PS : Le centre de réception des étrangers est toujours un lieu inhospitalier et kafkaïen. Malgré ma carte d'élu qui nous à permis par deux fois de couper les files d'attentes, il a fallu patienter 2h30, palabrer avec quatre fonctionnaires différents qui ont dû passer trois coups de téléphones pour prendre des ordres, pour obtenir ce papier valable trois mois. Il faut noter également que certains des fonctionnaires de ce centre (pas tous heureusement) ne semble toujours pas avoir lu l'affiche qui est apposée sur le mur du second étage intitulée "le racisme et l'antisémitisme sont des crimes", que d'autres (souvent les mêmes) ont décidé, en multipliant les pauses et les conversatiosn privées avec leurs collègues, d'appliquer à la lettre le vieux slogan écolo "travailler deux heures par jour". Malheureusement pendant ce temps des centaines d'étrangers - parfois avec des enfant en bas âge - attendent des heures et perdent des journées de salaire. Le pire c'est que la plupart des fonctionnaires affectés à ce centre ne parle aucune langue étrangère. J'ai dû faire le traducteur pour deux chinois qui eux faisaient l'effort de parler anglais et le frère de Fariza pour un Russe. Tout ceci est lamentable et donne une image de notre pays déplorable à des gens qui nous font l'honneur de traverser la planète parfois au péril de leur vie pour venir vivre en France. »

Eh bien moi, soudainement, je trouve cette fin d'été fort jolie.

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