Je crois que je vais pleurer

Je n'aurais pas dû me maquiller ce matin. Je sens que je vais pleurer. J'ai une toute petite boule dans la gorge et je sais qu'elle va grossir dans les heures qui viennent. Je cours le long de la rue, j'ai peur d'être en retard. j'aperçois la foule massée devant l'école de Lou, la plaque sur le mur cachée d'un drap... Non ça va, je suis à l'heure.

Depuis de nombreuses semaines, dans l'école de ma fille aînée, on parle de la shoah. C'est une association, celle des enfants juifs déportés de Paris, qui a demandé à l'académie et à la mairie, de pouvoir consulter les registres scolaires des années d'horreur, d'y relever les noms de tous les enfants qui ont été déportés et qui ne sont jamais revenus. En ces périodes troublées de communitarisme, de repli sur soi, de violence, l'équipe enseignante y a vu une excellente occasion de montrer aux enfants jusqu'où l'intolérance peut mener. Des rescapés des camps de la mort sont passés dans les classes, raconter aux enfants ce qu'ils ont vécu. Dans les classes plus petites, ce sont des enfants cachés qui ont parler, on ne peut pas asséner la même chose aux plus jeunes qui pour certains n'ont même encore 7 ans.

Lou reviendra de ces séances fortement impressionnée. Elle me parlera longtemps de ce qu'elle a entendu ce jour-là, de ces enfants d'uen autre époque, dont certains avaient son âge, et qui sont partis, emportés par la barbarie. Nous parlerons aussi de l'esclavage, faisant un lien entre deux horreurs. Du Cambodge aussi et du Ruanda. A mots couverts, pour ne pas trop l'impressionner.

Mais aujourd'hui, ce travail là est fini, c'est la cérémonie. Dans chaque école parisienne où ce travail est fait, deux plaques sont apposées, une extérieure, donnant le nombre d'enfants de cette école disparus dans les camps à cause de la barbarie nazie et avec la complicité du régime de Vichy. Une à l'intérieur, avec le nom des enfants et leur âge...

Les parents sont venus nombreux, la rue est noire de monde. Ils sont venus, ils sont tous là, les Parisiens de toutes les couleurs, les pères, les mères, les pères, certaines avec leurs foulard sur la tête, les grands frères et les grandes sœurs. Tous écoutent avec le même recueillement la voix de la directrice de l'école s'élever. Les enfants arrêtent peu à peu leur chahut. La directrice raconte le travail accompli, l'histoire, la tolérance, le refus de la haine de l'autre, les enfants...

Et puis des petits de CE1 découvrent la plaque et la lisent.

C'est à nous. Avec deux autres parents, nous devons donner, au micro, le nom des enfants disparus. Pour chaque nom énoncé, un enfant de l'école doit dire l'âge du disparu et lâcher un ballon blanc auquel est accroché une carte. Sur celle-ci, l'identité du disparu, un dessin d'un enfant et l'adresse de l'école. Quiconque trouvera une de ces cartes devra la renvoyer à l'école.
Le premier de nous trois commence à égrener les noms : Azouvi Eva, une petite voix s'élève, un ballon est lâché. Azouvi Louisette, Najman Fradja, deux autres ballons blancs s'envolent. C'est mon tour : Rajngewere Thérèse, Rygman Berthe. Et puis je bloque. Emportée par l'émotion, je ne peux plus dire un mot, le troisième nom me reste bloquée au fond de la gorge. uUn long silence. quelqu'un passe sa main dans mon dos comme pour me rassurer, me consoler. Je rassemble mes forces : Rygman Madeleine. en vous recopiant cette liste, je me rends compte qu'elle avait 9 ans, l'âge de Lou...

Le troisième parent me remplace : Stargot Marie, Waisbrot Alice, Waisbrot Reine. Puis encore un autre : Weismann Charlotte, Waismann Rachel. sa voix tremble. Je le relaie pour les deux derniers noms : Wolodorski Adrienne, Wrubel Rachel...

Je m'éloigne, je ne voulais pas pleurer. Mais l'émotion à tout emporté.

Après, il y aura les chants des enfants, de nos enfants : Nuits et Brouillard, le chant des partisans. Ils diront des poèmes. Il y aura des discours. Dans le préau, et le réfectoire, nous regarderons leur dessins sur le thèmes : tous différents, tous égaux.

Nous traînerons dans la cour de l'école quand tout sera fini, car nous ne voudrons pas nous séparer, pas déjà, pas si vite, après une telle émotion et une telle communion.

Ce que j'ai vécu ce soir était un moment d'une rare intensité.

Tous les dessins reproduits ici ont été réalisés par les enfants de l'école sur le thème : tous différents, tous égaux


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