Les tongues, la petite fille et la pétition

Des fois, je suis futile. Si, si, je le reconnais... Tenez, il n'y a pas longtemps, en goguette avec deux copiNettes, nous avons eu une courte discussion sur les tongues, vous savez ces semelles à lanières qui se portent soit dans les pays pauvres, car pratiques et pas chères, soit dans les pays très riches car branchées et hors de prix. Teneur de la discussion ? Ben ce sont essentiellement des chaussures de plage et c'est un peu ridicule et fort peu pratique d'en porter en ville. Et j'étais d'accord avec ça.

Pas de quoi fouetter un chat. Sauf que dès le lendemain, je constatais que je possède une paire de ces fameuses savates que je porte régulièrement en ville. Deux jour après, j'allais m'en acheter une deuxième paire. Une semaine plus tard, une troisième.

Samedi soir, devant dîner avec une joyeuse assemblée, dont faisaient partie mes copiNettes, au moment du choix crucial des souliers, j'ai longuement hésité devant mon dernier achat (y a une princesse berbère dessinée dessus et les lanières sont en strass rouge), puis, finalement, je l'ai rangé préférant une paire de ballerine plus conforme...

Voilà à quoi je passe mon temps, à dire des choses que je ne pense pas vraiment pour faire plaisir à mes amies et à me retrouver coincée comme une idiote ensuite...

Enfin, il m'arrive aussi d'avoir des activités plus sérieuses... Présidente de PDE par exemple. PDE pour parent d'élève, pour ceux qui ne suivent pas. Dans l'ècole de ma fille aînée, il y a une classe de CLIN. On y reçoit, en très petit nombre, des enfants qui viennent d'arriver chez nous et qui ne parlent pas un mot de Français. Parmi ces enfants, il y a Fariza Tchoutchaeva. Fariza vient de Tchetchénie. Je ne la connaîs pas bien, je l'ai entraperçue plusieurs fois à l'école et une fois ou deux avec ses frères et sa mère dans le quartier. Le père, lui, est restée là-bas pour essayer de retrouver les autres membres de la famille. Ils ont choisi de se réfugier en France, car ils ont des cousins installés ici.

Dieu sait ce que ces enfants ont vécu. Ils n'en parlent pas. En tout cas pas à l'école (les garçons sont au collège). Mais en novembre dernier, quand il y a eu la commémoration des enfants juifs de l'école déportés, leurs dessins étaient abominablement émouvant. Certains ressemblaient terriblement à ceux laissés par les enfants des camps de concentration...

Ce qui est miraculeux toujours, c'est la force de vie de ces gamins. Fariza s'intègre. Elle parle de mieux en mieux le français, a une soif d'apprendre et de s'intégrer extraordinaire. A tel point que l'équipe enseignante a décidé de lui donner une vraie chance en l'intégrant dans une classe de CM2 l'an prochain.

Mais voilà. Ce serait trop facile. La mère a reçu il y a quelques jours des billets d'avion pour l'Autriche et un arrêté d'expulsion pour elle et ses trois enfants. Pourquoi l'Autriche ? Parce que sur le chemin de la France, la famille s'y est fait arrêtée, et que selon la résolution européenne de Dublin, les réfugiés doivent être renvoyé dans le premier pays dans lequel ils ont été contrôlés. Pour la famille Tchoutchaeva, c'est l'Autriche. Le problème est qu'en Autriche, les Tchétchènes sont parqués dans le camp de Traiskirchen, où la scolarisation des enfants n'est pas prévue ou pas possible, où des problèmes d'abus sexuels et de bagarres ont été dénoncés. Qu'au bout de deux ou trois ans, quand leur dossier est enfin instruit, ils sont le plus souvent envoyés en Bulgarie ou en Roumanie, dans des régions isolées. Là non plus, pas de scolarisation. Pour Fariza, cela signifie des espoirs de vie normale, d'apprendre, d'aller à l'école totalement anéantis. Cela signifie un arrachement supplémentaire. Jusqu'à quand va-t-on trimballer ces familles qui ont déjà tellement souffert ?

La situation est très compliquée, mais pas totalement désespérée. Compliquée parce que la convention de Dublin permet de refuser tout à fait légalement d'instruire les demandes d'asile politique de ces familles. D'ailleurs, rien que sur Paris, sur les 63 familles récemment arrivées, il n'en reste que trois, dont celle de Fariza. Tout le monde peut dire : la loi est la loi.

Mais pas désespérée car dans un autre cas, dans le 12e arrondissement, la mobilisation des PDE et des élus a permis, pour le moment, à ce que l'expulsion ne soit pas réalisée. Alors nous avons décidé de prendre les choses en main, de ne pas rester comme des couillon à nous lamenter, et d'essayer de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider cette petite fille et sa famille. Nous interpellons nos élus, nous faisons circuler une pétition, nous allons prendre un avocat et nous allons essayer de récolter les fonds pour le payer.

Cette pétition, nous souhaitons qu'elle soit signée par le plus grand nombre de personnes. Vous me voyez venir ? Tant mieux. Je l'ai mise là. Ce serait bien si vous pouviez l'imprimer, la faire signer autour de vous puis l'envoyer à l'adresse indiquée.

Si vous n'y arrivez pas, n'hésitez pas à m'envoyer un mail avec le votre. Je vous la ferai parvenir.

Et puis si vous voyez des femmes en tongues dans les rues de Paris, dites-vous que parfois, elles peuvent aussi s'occuper d'autre chose que de leurs pieds.

Merci :-)